Ce sont les mots que m'a dit Nounours cet après-midi en m'entendant pour la enième fois pleurer au téléphone.

"Soyez égoïste et pensez un peu à vous !" Ceux-là sont ceux de ma nouvelle kiné ce midi qui me voyant pour la première fois a réussi à me faire pleurer en quelques minutes de "tripotages" des pieds.

Le problème est qu'en ce moment il ne se passe pas une journée sans que je ne verse ma larme. Et ce n'est pas une petite larme de crocodile hein, non, non. C'est le genre de gros chagrin qui a du mal à s'arrêter.

Pourquoi ? Je n'en sais strictement rien. Ou plutôt je suis bien incapable de l'exprimer même si j'en connais une partie des raisons de fond. Nounours me suggère alors de cracher ma pastille valda. Mouais. Sauf que c'est une chose que je n'arrive pas à faire.

Ce midi, la kiné m'a demandé de me relâcher un peu. De relâcher mes pieds. Vous savez faire ça vous ? Je savais même pas qu'on pouvait avoir le pied tendu ou détendu. Et après plusieurs essais, elle avait beau insister, mes pieds ne se sont à aucun moment détendus. C'est alors qu'elle m'a dit "En fait vous cachez bien votre jeu. On croirait à vous voir comme ça que vous êtes une personne calme, mais c'est faux, vous êtes un vrai paquet de nerfs. Tout à l'intérieur, tout est intériorisé. Et vous êtes hypertendue."

Bon ok je suis une fausse calme et l'homme l'a très bien compris. J'ai tout un sac à vider à vrai dire, mais tout comme je ne sais pas faire le tri dans mes affaires pour jeter ce qui ne me sert plus, je ne sais pas évacuer ce qui me fait du mal. C'est bien trop profond.

Parfois pourtant, j'aurais envie de crier, de hurler même, au monde entier que j'en peux plus, que le citron est assez pressé et qu'il n'y a plus rien à en tirer. Mais le problème est que je repousse toujours les limites et que du coup on peut toujours en tirer un petit quelque chose.

Alors on me conseille de parler ; à un psy, à un(e) ami(e), à mon blog, mais surtout parler et ne pas tout conserver à l'intérieur.  Sauf que je n'y arrive pas. Rien ne peut sortir parce que ça fait bien trop mal quand je pense à tout ce qui devrait sortir. Et c'est alors que seules les larmes sortent. Les mots, les sons, eux, ne veulent pas s'échapper. Et plus je pense à ce que je voudrais dire, plus je pleure.

J'ai souvent entendu "pleure un bon coup après ça ira mieux". C'est faux. Archi faux ! Peut-être que je n'arrive pas non plus à vider mon tonneau d'eau qui me tient de corps ? Peut-être que je ne sais juste verser le trop plein, ce qui déborde ? Mais quoi qu'il arrive, quand je me mets à pleurer, si sur le moment je n'arrive pas à contrôler ce trop plein qui veut couler, il y a toujours un moment où soit je change de sujet, soit je me mets à penser à autre chose et ainsi mes larmes cessent de couler même si c'est pour reprendre quelques minutes ou heures plus tard. Ainsi j'évince la question de vider mon sac.

Le souci est qu'à la moindre question, juste "Ca va ?" je suis capable de ne pas pouvoir répondre autrement qu'avec mes larmes. Parfois j'ai juste envie de crier "Ne me demandez plus si ça va !" Mais ça ne résoudrait pas le problème puisqu'il faut être honnête avec moi-même, non ça ne va pas !

La preuve en est qu'il est minuit 45, que je suis au lit depuis 2 heures, que j'ai pris un "relaxant", 2 anti-douleur à l'opium, un somnifère et que je ne dors toujours pas. J'écoute même de la musique classique qui adoucit les moeurs parait-il. Mais ça ne ferme pas les yeux et ça n'empêche pas non plus de gamberger. Peut-être me résoudre à tout écrire noir sur blanc, comme on me l'a suggéré m'aiderait-il à trouver plus facilement le sommeil mais aussi des solutions ? Etaler tout ce qui ne convient pas à ma vie sur une feuille de papier comme on fait sa liste de courses, vous croyez vous que ça peut vraiment aider à faire le vide ?

Personnellement j'ai du mal à y croire.

En ce moment j'ai surtout besoin d'oublier, de ne plus penser. J'ai lundi dernier demandé à mon médecin traitant de bien vouloir me donner quelque chose qui m'aide à faire abstraction de tout ça, mais il n'a pas voulu. Il m'a dit qu'on connaissait très bien l'origine de ma déprime et que si je replonge dedans, j'aurais plus de mal à en sortir. Et puis on sait bien qu'une fois que j'aurais récupéré ma jambe et mon boulot tout ira beaucoup mieux dans ma tête ! Mouais... on peut toujours l'espérer.

Mais si ce n'était pas superficiel, si c'était bien plus profond que cela ? N'ai-je pas été voir par le passé 4 psys dont aucun n'a été capable de me faire cracher ma pastille ? Ca bien sûr mon médecin ne le sait pas. De même qu'il n'a pas l'air de bien prendre en compte la répercussion que mes pleurs a sur mon entourage ?! Mais moi justement j'y songe et je sais que ça les travaille. Et plus j'y songe et plus ça me bouffe. Et ça devient un vrai cercle vicieux. J'ai mal, je souffre, je pleure, je pleure parce que j'ai mal, je pleure parce que ceux qui m'entourent ont mal de me voir pleurer et ça n'en finit pas.

Ma mère me disait (me dit toujours d'ailleurs) "Oh ça va hein Sarah Bernhardt ! on connait la comédie !", l'homme me dit "tu va pas commencer à  chouiner ?", mes filles elles, disent en râlant "Tu vas pas recommencer à pleurer hein ?!" Je comprends bien que ça les énerve tous de voir mes pleurs constants, mais à part me culpabiliser, ça ne me calme pas et ça n'empêche pas les larmes de sortir, ça m'oblige juste un peu plus encore à intérioriser ma douleur. Et bien souvent aussi à me cacher pour pleurer.

Certains pensent que c'est un drâme de pleurer. Ils doivent se penser que dans ma tête j'imagine le pire, j'imagine que mon monde s'écroule et que tout est perdu. Pourtant non, mon monde ne s'écroule pas. C'est juste que j'ai beaucoup de difficultés en ce moment à le gérer, à y faire face. C'est juste que je me sens incompétente en la matière, en beaucoup de matière d'ailleurs, et que je trouve ça bien déprimant.

A bien y réfléchir, je sais pourtant que je m'en sortirais. Je me suis toujours sortie toute seule de mes emmerdes. Je suis une battante. Mais juste une battante qui s'effondre de temps à autres et là jue suis justement dans la période "effondrement".

(Tiens mon point final est arrivé en même temps que celui de la 7ème de Beethov ;))